Vous avez lancé un chlore choc et, au réveil, le bassin est toujours d’un vert inquiétant. Rien de plus frustrant. Bonne nouvelle : on peut rattraper une eau envahie d’algues en suivant une méthode précise. Je vous propose ici un protocole éprouvé sur le terrain, qui combine chimie, filtration et gestes techniques pour retrouver une eau claire, stable et durable.
Pourquoi l’eau reste verte malgré le choc chloré
Quand une eau vire au vert, ce n’est pas seulement « un manque de chlore ». C’est un équilibre rompu. Un pH trop haut (au-delà de 7,6) rend le chlore presque inopérant. Un stabilisant (acide cyanurique) trop élevé « emprisonne » le chlore libre et abaisse son potentiel désinfectant. Une filtration insuffisante laisse en suspension des particules qui nourrissent les algues. Et l’été, la lumière et la chaleur accélèrent tout.
Autres causes fréquentes que je rencontre sur chantier : un filtre encrassé qui recircule au lieu de retenir, un apport d’eau riche en métaux (cuivre, fer) qui donne une teinte verte après oxydation au chlore, ou encore une « demande en chlore » trop forte (beaucoup de matières organiques) qui consomme instantanément le choc.
On ne désinfecte pas une eau déséquilibrée. On l’équilibre d’abord, on filtre ensuite, on désinfecte enfin.
Diagnostic express en 10 minutes
Avant d’ajouter quoi que ce soit, on mesure. C’est ce qui fait gagner du temps et de l’argent.
- Contrôlez le pH (cible 7,2–7,4) et l’alcalinité (TAC 80–120 ppm) avec des bandelettes ou une trousse goutte-à-goutte.
- Mesurez le chlore libre (après choc : viser 3–5 ppm) et le stabilisant CYA (idéalement 30–50 ppm, au-delà de 70 ppm l’efficacité chute).
- Observez la turbidité : verdure translucide (algues en suspension) ou dépôt vert au fond (algues fixées) ?
- Regardez le manomètre du filtre : +0,3 bar par rapport au propre = lavage à contre-courant nécessaire.
- Si l’eau provient d’un puits ou a reçu un algicide au cuivre, suspectez les métaux.
Plan d’action pour rattraper une eau verte
Voici le protocole que j’applique pour ramener l’eau à la transparence. Procédez dans l’ordre, sans brûler d’étape.
-
Brossage énergique des parois et du fond pour décrocher les biofilms. Les algues fixées résistent au chlore, brossez tout le bassin, marches comprises.
-
Ajustez le pH à 7,2–7,4. En dessous, le chlore est puissant mais corrosif ; au-dessus, il devient paresseux. Corrigez au plus près avant de retraiter.
-
Si le stabilisant (CYA) dépasse 70 ppm, vidangez partiellement (30–50 %) et complétez avec de l’eau neuve. Aucune chimie ne baisse le CYA : seule la dilution fonctionne.
-
Faites un choc avec un chlore non stabilisé (hypochlorite de calcium ou de sodium). Dose indicative : 10 g/m³ d’hypochlorite de calcium à 65–70 % ou 0,5 L/m³ d’eau de Javel à 9,6 %, de nuit pour limiter la photolyse.
-
Mettez la filtration continue 24–48 h. Lavez le filtre dès que la pression grimpe. Un filtre propre est votre meilleur allié.
-
Si l’eau reste laiteuse après 24 h, utilisez un floculant (filtre à sable uniquement) pour agréger les fines et aspirer « à l’égout ». Sur cartouche, préférez un clarifiant liquide compatible.
-
Ajoutez un algicide sans cuivre (polyquat) en finition pour casser la repousse. Évitez les formules métalliques qui tachent liners et accessoires.
-
Si teinte verte liée aux métaux : introduisez un séquestrant métaux (acides phosphoniques) puis laissez filtrer longuement. On traite l’oxydation, pas avec plus de chlore.
-
Terminez par une aspiration à l’égout des dépôts. Ne repassez pas par le filtre au risque de remettre les fines en circulation.
| Traitement | Quand l’utiliser | Dosage indicatif | Temps d’action | Points de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Chlore choc non stabilisé | Algues actives, CYA ≤ 50 ppm | 10 g/m³ (Cal-Hypo 65–70 %) ou 0,5 L/m³ (Javel 9,6 %) | 12–24 h | pH 7,2–7,4, de nuit, pas avec floculant simultané |
| Floculant | Eau verte trouble, filtre à sable | Selon fabricant (cartouches/liqueur) | 12–48 h | Interdit sur cartouche/diatomées, aspiration à l’égout |
| Clarifiant | Affinage sur cartouche/diatomées | 10–20 mL/m³ | 6–24 h | Compatibilité média filtrant |
| Algicide polyquat | Prévention/finition anti-repousse | 10–15 mL/m³ | Immédiat | Éviter les formules au cuivre |
| Séquestrant métaux | Teinte verte liée au cuivre/fer | Selon taux de métaux | 12–24 h | Maintenir en entretien mensuel si eau ferrugineuse |
| UV / Ozone | Réduction du chlore d’entretien | Équipement dédié | En continu | Agit en complément, pas de pouvoir rémanent |
| Électrolyse au sel | Production continue de désinfectant | Sel 3–4 g/L | En continu | Surveillance pH, hivernage de la cellule |
Optimiser la filtration et le temps de cycle
Une eau limpide se gagne au filtre. Règle simple que j’applique : en saison, temps de filtration = température de l’eau / 2 (eau à 28 °C → 14 h/jour). En épisode vert, passez en continu. Vérifiez l’état du média : un sable « colmaté » perd sa finesse, une zéolithe ou un filtre à diatomées améliore la rétention des particules fines. Sur cartouche, rincez méthodiquement, changez si les plis restent gris foncé après nettoyage.
Prévenir la rechute : une routine simple et durable
La stabilité est la clef. Pour maîtriser la chimie sans la subir, je conseille ce rythme hebdomadaire.
– Testez et ajustez le pH (7,2–7,4) et le TAC (80–120 ppm). Un TAC correct « amortit » les variations.
– Maintenez le chlore libre entre 1,5 et 3 ppm en croisière. Si vous utilisez des galets stabilisés, surveillez le stabilisant et alternnez avec du chlore non stabilisé pour limiter l’accumulation.
– Couvrez le bassin hors baignade : moins d’UV, moins de saletés, moins de chlore consommé.
– Brossez les zones d’ombre et de faible circulation (angles, marches, sous l’escalier).
– Nettoyez paniers et préfiltre, lavez le filtre à partir de +0,3 bar. La mécanique soutient la chimie.
– En cas de récidives, traitez la cause : phosphates élevés (nourriture des algues) avec un capteur spécifique, ou sur-ombrage/feuillus à proximité qui chargent l’eau en matières organiques.
Cas particuliers que je rencontre souvent
– Bassin « sur-stabilisé » après des années de galets : CYA à 100–150 ppm, chlore choc inefficace. La seule issue propre est la dilution (par tranches de 30–50 %), puis reprise avec un désinfectant non stabilisé. C’est radical et efficace.
– Teinte verte mais eau claire après choc : souvent le cuivre (vieil échangeur de chaleur, algicide cuivré). On met un séquestrant métaux, on baisse légèrement le pH (7,0–7,2), on filtre longuement. Les colorations disparaissent sans surenchère de chlore.
– Eau « lait » après floc : dose trop forte ou filtration insuffisante. On coupe la circulation 12–24 h pour laisser déposer, puis aspiration à l’égout lente et patiente, sans remuer. Reprendre une filtration douce ensuite.
– Filtre sable qui renvoie des fines : crépine fissurée ou sable colmaté. Un changement de média ou un passage à la zéolithe redonne une eau « cristal » en quelques jours.
Choisir ses produits avec discernement
Je privilégie des solutions qui laissent peu de traces dans le temps. Chlore non stabilisé pour les rattrapages, usage mesuré du stabilisant, polyquat plutôt que cuivre, floculant ciblé en cas de turbidité. Évitez les « cocktails miracles » : chaque produit a une fonction précise. Lisez les étiquettes, notez vos dosages, et laissez travailler la filtration continue.
Le mot de la fin
Un bassin vert n’est pas une fatalité. Avec un pH calé, un chlore libre efficace, une filtration disciplinée et des interventions ciblées (floculant, clarifiant, séquestrant métaux), l’eau retrouve sa lumière. Sur le terrain, je le constate saison après saison : la rigueur paie, et la clarté revient souvent en moins de 48 heures lorsque le protocole est respecté. Respirez, procédez par étapes, et redonnez à votre piscine la transparence qu’elle mérite.